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Véronique Alexandre et Luc Brouard (éd.), La Statistique en Chine, Paris : INSEE, 2001, 230 p. (Regards sur l’étranger n° 8). La lecture de ce rapport se révèle des plus intéressantes, du moins pour ceux que la statistique ne rebute pas a priori ainsi que pour ceux qui ont eu à se colleter avec les statistiques chinoises. On y découvre clairement que la statistique est quelque chose de vivant — certes souvent à l’instar d’un poisson que l’on essaye d’attraper à main nue déclarerait quelque esprit chagrin, ce qui est malgré tout parfois le lot des rédacteurs de ce rapport. Le genre littéraire dont relève cette publication est celui du « carnet de bal ». Il s’agit d’un catalogue de notes, de réflexions, d’études... recensant des problèmes, des avancées, des renseignements relatifs à la statistique en Chine sans autre fil conducteur que celle-ci. Ainsi on passe d’une description du système (p. 19-62), à une évocation de la mise en place du recensement de la population en 2000 (p. 65-86), puis à une réflexion sur le système de protection sociale (p. 87-106), puis ensuite à des traductions d’analyses macro-économiques rédigées par deux économistes chinois, Hu Angang 胡鞍钢 et Yu Yongding 余永定, (p. 107-118) elles-mêmes suivies de l’exposé d’un modèle macro-économique élaboré par l’INSEE pour la Chine (note 1), puis ensuite encore à l’énoncé d’un projet en coopération avec l’INSEE de répertoire d’entreprises (p. 139-150), puis enfin à la présentation d’un système d’enquêtes sur le commerce en coopération avec l’INSEE (p. 151-158). C’est au hasard de ces textes que se découvrent des renseignements institutionnels et fonctionnels mal connus et peu diffusés (du moins en langues occidentales), des informations inhabituelles voire inédites (sous forme de traduction) comme les différents formulaires du cinquième recensement de la population, le formulaire de recensement des unités de base pour l’instauration d’un répertoire d’entreprises, les différentes nomenclature d’activités économiques... Les reproches que l’on peut adresser à ce travail sont tous du même ordre et sont essentiellement liés à un postulat éditorial qui a exclu en quasi-totalité les références en caractères chinois de même que toute transcription pinyin. Il est assez cocasse de donner la traduction anglaise du titre de revues chinoises et d’omettre d’en donner le titre en chinois quand ces revues sont en langue chinoise (sauf une bilingue chinois et anglais), cela toutefois ne nuit pas à la compréhension de l’exposé (p. 50). En revanche, dans la traduction d’un formulaire de recensement (p. 67), c’est un grave contresens que de parler de « nationalité » quand il s’agit d’ethnie (minzu) expression que l’administration états-unienne aurait rendu par « race » (note 2). De même, on ne peut que regretter les confusions dues à l’absence conjointe de caractères chinois et de définitions lorsque l’on parle de normes — un comble!. Ainsi, p. 29, entre autres problèmes, le mot« privé » sert à traduire trois expressions chinoises de sens différents : • fei gong you (dans l'expression « fei gong you jingji » 非公有經濟 traduite ici par « secteur privé ») qui signifie de fait « ne relevant pas de la propriété publique » mais n'excluant pas ipso facto une participation publique au capital d'une entreprise non publique. • siyou (dans l'expression « siyou jingji » 私有經濟 traduite ici par « économie privée ») qui désigne très exactement une appropriation privée ; la rareté d’emploi de cette expression aurait mérité une note explicative. • siying (dans l'expression « siying qiye » 私營企業 traduite ici par « entreprises privées ») qui dénote des entreprises « gérées privativement », c’est-à-dire selon des techniques de droit privé, et dont, par conséquent, les propriétaires peuvent aussi bien être des personnes privées que d’autres entreprises ou encore l’État lui-même. Situation quelque peu déconcertante quand c’est de normalisation dont on parle (note 3)! Également gênante est la navigation à vue tout au long de l’ouvrage entre différents concepts de la danwei (gongzuo danwei 工作單位 : unité de travail ; jiben danwei 基本單位 : unité de base ; shengchan danwei 生產單位 : unité de production) sans que ceux-ci n’aient jamais fait l’objet d’une définition préalable et, partant, leurs spécificités (entité sociale, entité statistique, entité économique) sont gommées par l’emploi indifférencié de l’expression danwei. Pour des statisticiens, il aurait semblé pertinent tout autant qu’opportun d’expliciter la naissance récente du concept d’unité de base. Ces imperfections ne doivent pas cacher l’apport incontestable de ce travail à la connaissance de l’effort chinois de réforme dans un domaine aussi décrié que celui de sa statistique. |
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