Peter T.Y. Cheung, Jae Ho Chung et Zhimin Lin et alii (éd.), Provincial Strategies of Economic Reform in Post-Mao China : Leadership, Politics and Implementation, Armonk, M.E. Sharpe, 1998, 466 p. (Studies on Contemporary China ).

La question posée aux auteurs ayant contribué à l'élaboration de cet ouvrage était de savoir dans quelle mesure les dirigeants provinciaux ont joué (de 1978 à 1995) un rôle effectif dans le réforme du système économique de leur province et, partant, s'ils ont été un facteur indubitable du développement ou de la stagnation économique de leur province. Huit provinces ont ainsi été retenues en vue d'une analyse privilégiant deux démarches complémentaires. Un premier axe étudie l'influence que les dirigeants locaux ont pu exercer en vue de garantir à leur province une répartition des ressources plus favorable ; de fait il s'agit d'évaluer les rapports de force entre Centre et provinces, de mesurer l'impact des politiques et des réformes fiscales sur la politique économique locale. Les cas de Shanghai, du Guangdong, du Zhejiang et du Shaanxi sont l'objet de cette étude qui forme la première partie de l'ouvrage. Un deuxième axe s'attache à apprécier les efforts des autorités locales pour attirer l'investissement direct étranger. L'examen des cas du Shandong, du Fujian, de Hainan et du Sichuan est la matière constituant la deuxième partie de ce travail. Une introduction, une conclusion et une annexe méthodologique complètent cette entreprise.

Concernant la collection et la répartition des ressources, la municipalité de Shanghai et la province du Guangdong offrent, selon les auteurs, l'image d'expériences heureuses animées par des équipes dirigeantes particulièrement dynamiques (par exemple, à Shanghai, Zhu Rongji, Wu Bangguo, Huang Ju...) qui surent non seulement marchander leur contribution au budget de la nation mais encore mobiliser les ressources non budgétaires de leur provinces au profit du développement. En revanche, les autorités des provinces du Zhejiang et du Shaanxi semblent ne pas avoir su faire preuve d'un tel dynamisme. Dans le cas de la première, les autorités n'auraient pas octroyé le soutien attendu à la politique de développement des industries de bourgs et de villages ; dans le cas de la seconde, il semblerait que le passé révolutionnaire de la province et son cortège d'images d'Épinal aient complètement gelé l'esprit d'initiative et la capacité des dirigeants locaux à promouvoir toute réforme.

Concernant le recours à l'investissement direct étranger, les auteurs opposent deux expériences réussies (Shandong et Fujian) à deux autres dont les résultats sont nettement plus limités (Hainan et Sichuan). De nouveau ce qui caractérise les deux premières provinces est la présence d'équipes dirigeantes très entreprenantes, l'une favorisant le développement de relations avec la Corée du sud (mais aussi avec Hong Kong), l'autre opérant de même avec Taiwan (mais aussi avec Hong Kong). En revanche les autorités de Hainan ne semblent avoir su tirer avantage ni de leur ressources naturelles, ni de leur statut administratif, ni même de leurs relations avec le Centre, seule la composition ethnique de l'île aurait été un facteur de réforme. Quand à la province du Sichuan, elle semble ne s'être jamais remise du départ de Zhao Ziyang en 1980 quand il fut nommé premier ministre.

Cet ouvrage participe à une nouvelle approche de l'économie chinoise qui prend en compte la pluralité du continent chinois et qui, partant, impose que l'on évalue le risque que représente en propre chaque province. L'ouvrage manifeste son originalité en ce sens qu'il renouvelle la « pékinologie » (si on peut parler de « pékinologie » à propos de Shanghai, Guangzhou...) en l'appliquant à un domaine qui n'est plus celui de la politique « politicienne » mais celui de la réforme économique et de la politique économique.