| Edmund Terrence Gomez and Hsin-Huang Michael Hsiao (ed.),
Chinese Business in South-East Asia : Contesting Cultural
Explanations, Researching Entrepreneurship, Richmond : Curzon
Press, 2001, 205 p. L'objet de ce livre est clairement défini dans son sous-titre puis réaffirmé sans ambiguïté aucune dès la troisième phrase de la préface : First, we contest the fashionable thesis that the institution, norms and practices of ethnic Chinese were the reason for the growth of their enterprises. Second, we question whether Chinese entrepreneurs have depended primarily on business networks base on shared identities to develop their corporate basis. (p. xi) D'emblée les auteurs mettent en cause le manque d'études empiriques fiables et politiquement non orientées, qui prendraient avant tout en compte les conditions propres à chaque pays d'Asie du Sud-Est pour expliquer les succès, les échecs des communautés chinoises ainsi que leur éventuelle disposition à l'entrepreneuriat. Les auteurs constatent que le refus a priori d'une telle démarche se fonde le plus souvent sur la présupposition d'une homogénéité de fait, tant dans l'espace que dans le temps, des communautés chinoises émigrées : The presumption that the value and sociol-economic institutions characteristic of the Chinese are universal has to be contested. Chinese of the diaspora are not the same everywhere and can no longer be regarded as identical as those living in China or even in the rest of Southeast Asia. The homogenizing assumptions of much of this literature do not take into account the specificities and particularities of the experience of the diasporic business communities which have reconfigured their sense of identity and belonging to a nation-state. (p. 80). Et les auteurs de nous souligner les interactions entre la société d'accueil et les caractéristiques propres des communautés chinoises à travers un voyage à Singapour (p. 38-61), en Malaisie (p. 62-84), en Thailande (p. 85-100), aux Philippines (p. 101-123), en Indonésie (p. 124-145). Enfin, un dernier chapitre consacré aux investisseurs Taiwanais en Asie du Sud-Est (p. 146-165) montre que leur sinitude leur a certes facilité l'approche de certains marchés Sud-Est-asiatiques, en revanche elle n'en a jamais été la motivation. J'indiquerais une démarche complémentaire qui est celle menée par Ivan Light et Steven Gold dans un ouvrage récent Ethnic Economie$, San Diego (Ca) : Academic Press, 2000, 302 p. (le symbole $ est bien employé à la place de la lettre s). L'objet de leur étude n'est pas l'économie chinoise émigrée en tant que telle mais celle-ci entre dans le cadre de leur réflexion plus générale sur les économies ethniques aux États-Unis. Les auteurs dénoncent une simplification courante (prevailing simplification, p. 25) qui voudrait qu'il existât « un espace économique homogène dans lequel aurait lieu une assimilation uniforme à vitesse constante, [c'est] une image fordienne qui peut avoir eu son utilité ». Par suite, les auteurs tentent d'expliquer la spécialisation économique des différentes communautés émigrées non par de supposées caractéristiques culturelles ou civilisationnelles, mais par l'histoire même de leur groupe ethnique dans un pays d'accueil donné, par leurs attentes et celles de ce pays : « In fact interactionism maintains that every group's entrepreneurship depends upon the fit between what it can do and what the local market demands » (p. 16, c'est moi qui souligne). Qu'elles aient postulé l'existence d'une tribu planétaire chinoise ou posé le principe d'un espace économique transcendantal, le propre des études que critiquent ces deux ouvrages est d'avoir attribué à la culture ce qui ne révèle in fine que de la conjoncture. |