| Huang Yasheng, Foreign Direct Investment in China : An
Asian Perspective, Singapour/Hong Kong : ISEAS/The Chinese
University Press, 1998, 104 p. (ISEAS series on China and the
Asia-Pacific).
Partant du constat que la Chine est parmi les pays en voie de développement celui qui bénéficie du montant le plus élevé d'investissements directs étrangers (IDE ; en anglo-américain, « foreign direct investment » abrégé en « FDI »), Huang Yasheng entreprend son étude en privilégiant les comparaisons avec les autres pays d'Asie. Cette approche est très pertinente dès lors que l'on se pose la question d'une stratégie du développement et de ses conséquences globales ; en revanche les enseignements sur ses effets de re-structuration de l'économie chinoise sont beaucoup plus limités. L'ouvrage met bien en lumière le processus d'investissement et l'auteur nous montre qu'il découlerait in fine non de la rentabilité intrinsèque de l'opération mais résulterait du faible rapport et des autres inconvénients pour les entreprises étrangères à exporter leurs produits en Chine. La lecture de ce livre nous suggère que la Chine et les étrangers se retrouvent dans une configuration qui n'est pas, sur certains points du moins, sans rappeler celle qui a provoqué les « guerres de l'opium » : ouverture limitée de la Chine, volonté de vendre mais non d'acheter, acceptation restreinte des règles du commerce international... À ces aspects, il faut ajouter un évidente corruption polymorphe qui prospère en profitant de l'investissement étranger - ce qui explique le rôle des autorités locales dans une politique de sur-industrialisation par IDE. Certes la comparaison doit très vite être arrêtée car l'IDE est accepté et recherché par les autorités chinoises pour aider au développement du pays. Les questions qui se posent sont donc celles de la réelle volonté d'ouverture de la Chine et de son désir d'adhérer à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ; plus cette adhésion est retardée par Pékin, plus ces questions deviennent celle de l'intérêt des pays partenaires à accepter la Chine au sein de l'OMC. Disons de manière très simplificatrice que les multiples barrières chinoises à l'importation (sur ces obstacles, cf. pp. 41-49), par exemple d'automobiles, est ce qui permet de garantir aujourd'hui la rentabilité des participations étrangères au développement de ce secteur en Chine mais interdit à plus long terme une ouverture dont ces investisseurs feraient à coup sûr les frais. Ce qui aujourd'hui est une politique chinoise de substitution de l'importation par l'IDE - voulue par la Chine et à laquelle se rangent nombre de pays -, peut devenir pour ces pays une politique de substitution de leurs exportations par l'IDE s'imposant à eux du fait des obstacles et supportée par une Chine désormais contrainte et forcée... (Dans les années 1980, les investisseurs occidentaux dé-localisaient leur production en Chine et importaient leur production chinoise ; dans les années 1990 ces mêmes investisseurs dé-localisent leurs sources de revenus en investissant en Chine avec l'espoir de rapatrier à terme leurs profits). Cette conjecture peut expliquer la faiblesse du montant moyen par projet de l'investissement étranger en Chine comparativement à d'autres pays d'Asie : la majorité des investisseurs choisiraient de participer à de petits projets peu capitalistiques permettant de récupérer la somme initialement investie sur une très courte période. Les autorités locales encourageraient cette dernière pratique car la décision est alors de leur ressort, dans certains cas même elles pourraient provoquer l'éclatement de projets plus importants - donc relevant des autorités centrales - en une pluralité de projets plus modestes mais relevant de leur compétence (p. 29-34). Quant au contrôle que pourraient exercer des pays ou des firmes étrangères il ne serait qu'un sous-produit de la stratégie chinoise développement ; il ne pourrait donc en aucun cas être assimilé un contrôle recherché par une entreprise étrangère laquelle acquerrait une majorité de blocage dans l'une des quelques sociétés chinoises par actions cotées à Shanghai ou à Shenzhen... Pour l'heure les modes de contrôle macro-économique et la réglementation en vigueur suffisent à prévenir toute tentative (cf. p. 54-64), ce qu'a démontré à l'envi, début septembre 1998, la bataille entre le financier Soros et le gouvernement chinois sur la place de Hong Kong, bataille dont l'objet réel était sans aucun doute le contrôle du nouvel aéroport de Hainan par la compagnie aérienne hainanaise contrôlée par Soros. En bref, la qualité principale de cet opuscule est clairement de nous proposer une réflexion sur les bienfaits et les écueils d'une stratégie de développement par l'IDE tel que la pratique le gouvernement chinois (On pourra consulter sur le thème des relations extérieures un autre ouvrage : The World Bank, China Engaged : Integration with the Global Economy, Whashington, The World Bank, 1997). |