Meng Xin, Labour Market Reform in China, Cambridge, U.K. ; New York : Cambridge University Press, 2000. xii, 223 p. : ill. ; 24 cm

Le livre s'ouvre sur une affirmation qui me semble être très discutable du point de vue historique. L'auteur postule que l'existence d'un double marché du travail (travail urbain et travail rural) résulterait d'une volonté délibérée d'exclure les paysans des bénéfices de la protection sociale car celle-ci aurait été non rentable compte tenu de leur faible productivité (p.3-4). Une telle affirmation supposerait que le gouvernement chinois et le PCC aient été capables dès leur arrivée au pouvoir en 1949 d'imposer l'organisation en danwei des unités de production industrielle alors que tout montre par ailleurs que la forme sous laquelle elle fonctionne encore aujourd'hui n'a été acquise que dans les années soixante. De même une telle affirmation impliquerait que le système du hukou aurait été institué pour organiser ce double marché du travail alors qu'il ne s'agit que d'une conséquence encouragée dans les années soixante par l'échec de la politique de Grand bond en avant. L'urgence qu'il y avait au début des années cinquante à recenser la population urbaine à travers un système d'enregistrement résultait de la nécessité d'approvisionner les villes en céréales (mais aussi, tout à fait clairement avoué, pour lutter contre les opposants au régime.) tant et si bien que, de facto depuis 1955 puis de jure depuis 1963, c'est le mode d'approvisionnement en céréales (manger des céréales d'État/manger ses propres céréales) qui permettait de distinguer les urbains des ruraux. Il est évident que l'objet de cette réforme était, du moins au début des années cinquante, l'organisation du marché afin de faire face à une pénurie alimentaire et non une tentative totalitaire de suppression du marché. Ce détournement de l'histoire, sans doute accidentel ici, est symptomatique de l'orientation générale de l'ouvrage qui entreprend une démonstration manichéenne de la justesse des thèses néo-classiques, voire ultra-libérales, appliquées à la Chine. Qu'un ouvrage applique des modèles économétriques pour vérifier des hypothèses théoriques (somme toute il n'y a pas lieu de s'extasier, puisqu'ils ont été conçus à cette fin) ne suffit pas pour autant à expliquer la Chine. Il est sans doute rassurant de savoir que les statistiques chinoises permettent de démontrer que l'homo oeconomicus sinicus se comporterait comme son alter ego de la théorie, mais il semblerait beaucoup plus important de comprendre effectivement comment se traduit dans la réalité ce comportement. Il est certes intéressant que l'on puisse, par exemple, vérifier économétriquement qu'à partir d'un certain niveau de rémunération l'offre de travail dans les campagnes chinoises diminuerait comme le veut la théorie, mais il me semblerait encore plus important de lire sous la plume de cet auteur comment se manifeste socialement et économiquement cette diminution en Chine, or c'est précisément ce que cet ouvrage faut à nous apprendre.

Je conseillerais la lecture de cet ouvrage aux économistes néo-classiques chargés d'enseignement mais ne le recommanderais pas à tous ceux qui s'intéressent à la Chine auxquels je proposerais plutôt de lire Wang Fei-Ling, From Family to Market : Labor Allocation in Contemporary China (Lanham : Rowman & Littelfield, 1998, 347 p.).