| Carl Riskin, Zhao Renwei, Li Shi (éds.), China’s retreat
from equality: income distribuition ans economic transistion,
Armonk (N.Y.) : M.E. Sharpe, 2001, 358 p.
Cet ouvrage étudie un aspect très sensible de la politique chinoise de réforme : l’inégalité croissante. Cette évolution apparaît d’autant plus frappante que l’image antérieure de la Chine que nous avons est généralement celle d’une relative égalité qui, nous est-il montré ici, aurait été de fait très largement surestimée. Autrement dit, et en inversant les termes de l’équation, nombre de sources d’inégalités, auparavant non comptabilisées, apparaissent aujourd’hui pour ce qu’elles sont car elles reçoivent une expression désormais financière. Les données ayant permis cette recherche sont celles fournies par deux enquêtes menées auprès des ménages respectivement en 1989 puis en 1996 (chiffres de 1988 et de 1995) avec le concours de l’Institut d’économie de l’Académie des sciences sociales de Chine. L’ouvrage en rapporte les résultats dans trois parties nettement distinctes. La première partie s’attache à étudier les inégalités du point de vue de la distribution du revenu. Zhao Renwei (« Increasing Income inequality and its cause in China », p. 25-43) fait l’économie politique des inégalité et pose en conclusion la nécessité d’une politique plus efficace de redistribution des revenus. Björn Gustafsson et Li Shi (« A more unequal China ? Aspects of inequality in the distribution equivalent income », p. 44- 83) présentent un modèle économétrique pour rendre compte du développement des inégalités. John Knight et Lina Song (« Economic growth, economic reform and rising inequality in China », p. 84-122) poursuivent cet effort économétrique et peuvent ainsi montrer que ces inégalités résultent moins du processus de croissance économique lui-même que de compromis hasardeux entre efficacité et équité ou, si l’ont préfère, des dysfonctionnements générés par les réformes elles-mêmes. La seconde partie aborde la question des inégalités dans le contexte urbain. Un premier chapitre rédigé par Azizur Rhman Khan, Keith Griffin et Carl Riskin (« Income distribution in urban China during the period of economic reform and globalization », p. 125-132) montre que la croissance du PIB a peu bénéficié aux ménages urbains et suggère que la pauvreté urbaine a augmenté en partie en conséquence du mode d’allocation des richesses propres aux économies de marché. John Knight, Li Shi et Zhao Renwei (« A spatial analysis of wages and incomes in urban China: divergent means, convergent inequality », p. 133-166) posent le problème du développement comparé des inégalités à travers les provinces, constatent une évolution divergente et concluent avec optimisme qu’un renforcement de l’économie de marché devrait permettre de se rapprocher de l’idéal théorique néo-classique de diffusion des techniques et donc d’égalisation des revenus. Wang Lina analyse les conséquences de la politique de logement sur les inégalités urbaines (« Urban housing welfare and income distribution », p. 167-183) et suggère des découpages qui ne sont pas uniquement hiérarchiques. L’étude de Björn Gustafsson et Li Shi (« Economic transformation and the gender earnings gap in urban China », p. 184-209) constatent un élargissement des inégalités mais ne peuvent trancher catégoriquement pour affirmer que cette situation résulte d’une discrimination intentionnelle ou de la prise en compte de critères objectifs (même si ceux-ci relèvent d’une ségrégation plus en amont comme l’éducation). La troisième partie se tourne vers le monde rural. Zhang Ping montre dans un premier chapitre que le développement des industries rurales gourmandes de main-d'œuvre ont favorisé une inégalité croissante entre régions parce qu’elles ont essentiellement proliféré dans les régions déjà les plus développée (« Rural interregional inequality and off-farm employment in China », p. 213-228). Zhu Ling pose le problème de l’inégalité en terme de minimum alimentaire garanti pour les groupes ruraux les plus défavorisés (« Food security of low income groups in rural China », p.229-244). Mark Brenner étudie la répartition du patrimoine et constate que de ce point de vue les inégalités sont nettement moins prononcées que celle découlant des revenus essentiellement pour la raison que le patrimoine est principalement composé par la terre mise à la disposition des paysans (« Reexamining the distribution of wealth in rural China », p. 230-276). Lina Song montre que les foyers dont les femmes ont un niveau d’instruction plus élevé sont ceux où leurs décisions sont le plus à même d’influencer la structure de la consommation du ménage mais que ce pouvoir ne se traduit pas par une amélioration du statut des filles au sein de ce foyer (« Gender effects on household resources allocation in rural China », p. 277-302). Li Shi affirme que la mobilité du travail rural favorise une élévation générale de la productivité du travail en même qu’elle participe au nivellement des inégalités entre villes et campagnes (« Labor migration and income distribution in rural China », p. 303-328). Le dernier chapitre rédigé, par Carl Riskin et Li Shi, constate que le problème du gouvernement chinois n’est pas tant d’aider les provinces les plus pauvres à être moins pauvres, que de mettre en place un programme favorisant une redistribution aux pauvres quelque soit la province où ils se trouveraient (« Chinese rural poverty inside and outside the poor regions », p. 329-344). |