| Edward Steinfled, Forging reform in China : The Fate of
State-Owned Industry, Cambridge, Cambridge University Press,
1998, 300 p. Dans ce très intéressant ouvrage consacré à l'examen des réformes du secteur d'État chinois on peut distinguer deux volets. L'un offre une approche pratique sous la forme de trois études de cas circonstanciés : cas des réformes entreprises dans le complexe sidérurgique d'Anshan ou Angang (chapitre 4), cas de celles menées dans le complexe sidérurgique de Ma'anshan ou Magang (chapitre 5) et cas de celles engagées par le complexe sidérurgique de la Capitale ou Shougang (chapitre 6). Le second volet quant à lui est une tentative pour replacer ces expériences dans un cadre théorique (chapitres 2, 3 et 7). On sera reconnaissant à l'auteur de se livrer à une critique de la théorie des « property rights » à la mode dans les années 1980-1990 et qui est le fonds de commerce des économistes libéraux. Critique au demeurant fort modérée puisque Steinfeld n'en conteste que l'application faite à la Chine et non les fondements qu'osent désormais ébranler certains économistes états-uniens aussi célèbres que Joseph Stiglitz ou Paul Krugman. Certes ces derniers discourent ou dissertent après avoir assisté ― impuissants ― aux ravages causés ici en Asie, là-bas en Russie, par une application aveugle de cette théorie tandis que Steinfeld écrivait avant qu'une telle réévaluation s'impose raisonnablement à lui. Il recherche donc à pallier certaines tares de cette théorie en appelant à la rescousse János Kornai et son syndrome de la contrainte budgétaire douce. Las ! La critique que János Kornai adresse à ceux qui (ab)usent de son concept de contrainte budgétaire douce déborde Steinfled : « [La question] est de savoir si le décideur dans une économie socialiste paie quelque attention que ce soit aux prix. Les économistes, habitués à penser en termes d'économie de marché, considèrent comme évident que les décideurs y sont sensibles. Une telle présomption n'est toutefois nullement avérée [...] aussi borner notre réflexion à des cas extrêmes de contrainte budgétaire douce ou dure nous fait manquer l'important. » (János Kornai, « The Place of the Soft Budget Constraint Syndrome in Economic Theory », Journal of Comparative Economics, 1998(26), pp. 11-17). Bref, quant à nous, ne manquons pas ce qui importe dans cet ouvrage, les chapitres qui nous retracent les réformes mises en place dans trois complexes sidérurgiques chinois géants. |