L'entreprise chinoise est en fait algérienne...

L'entreprise chinoise est en fait algérienne...
Thierry Pairault

Le site Algérie-Focus a publié le 5 octobre 2016 un article intitulé « Exclusif. Fausses factures...


Le site Algérie-Focus a publié le 5 octobre 2016 un article intitulé « Exclusif. Fausses factures / Soupçons sur le détournement à l’étranger de sept millions d’euros par une société chinoise » qui était lisible à cette adresse [cilquer ici] avant disparaître peu après du site.L'article peut être récupéré dans le cache de Google. L’article accusait donc l’entreprise GAEA China Construction Limited Company d’être à l’origine d’une affaire de fausses factures et en voulait pour preuve les photos qui accompagnaient le texte. Il semble donc que le pétard était mouillé. Néanmoins le cas de cette entreprise est intéressant.

L’article redirige le lecteur directement sur le site de GAEA Groupe盖亚集团 à http://gaeagroupe.com  qui nous apprend dans le français propre aux traductions « made by google » que ce groupe a été créé en décembre 2015 et qu’il chapeaute deux filiales : la GAEA China Construction Limited Company 盖亚建筑公司 (immatriculée au registre du commerce en Algérie le 8 septembre 2006 avec un capital 60 millions de dinars soit 490 000€) et la GAEA Promotion Immobilière 盖亚房产公司 (immatriculée au registre du commerce en Algérie le 6 octobre 2014 aussi avec un capital 60 millions de dinars soit encore 490 000€). Dans la partie chinoise du site du groupe, le capital est indiqué avec la valeur de 160 millions de dinars mais 35 millions sur l'un des autres sites du groupe http://www.gaeachina.com .

Très clairement le site du groupe indique que GAEA Groupe n'est pas une entreprise chinoise (enregistrée en Chine) ayant des filiales à l'étranger. En revanche cette entreprise algérienne a une filiale en Chine 中国盖亚建筑国内分公司 et un bureau de représentation à Pékin 中国盖亚建筑北京办事处 (donc représentant une entreprise algérienne). Toute une série de détails suggère qu'il s'agit de petites entreprises, d'abord leur statut juridique en Algérie : dans les deux cas le statut est celui d'une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) dont le seul et unique responsable est un ressortissant chinois nommé Qin Jianjun秦建军, il est donc un entrepreneur typique de la diaspora chinoise créant son entreprise à l'étranger.

Ensuite les adresses électroniques des responsables et des services de ces entreprises. Pour celles sises en Algérie, il s'agit du serveur Gmail (@gmail.com) tandis que pour celle sises en Chine, il s'agit du serveur NetEase (@163.com), c'est-à-dire des serveurs populaires et non des serveurs d'entreprise (@nom_de_l'entreprise.com). Si les serveurs en Chine et hors de Chine sont différents c'est tout simplement parce que Gmail est l'objet de tracasseries de la part du gouvernement chinois. Cela confirme une certaine modestie actuelle du projet entrepreneurial.

Cette modestie en même temps que le caractère non-chinois du projet sont aussi corroborés par le choix d'un hébergeur pour les sites web du groupe. Il s'agit de GoDaddy qui, créé en 1997, est le plus gros registraire de nom de domaine ; il ne recherche pas de clients chinois – sauf de Taiwan, de Hong Kong voire de Singapour – car il s’est brouillé depuis 2010 avec les autorités de Chine populaire. Par suite GoDaddy ne peut pas héberger de site se réclamant d’une adresse chinoise (.cn). 

Malgré sa modestie, il s'agit d'un groupe très actif en Algérie (voir les chantiers présentés à http://gaeagroupe.com/case/...  sans compter les comptes sur Facebook) où la seule GAEA Construction emploierait « 95 administratifs, 1 135 ouvriers chinois qualifiés et 267 travailleurs algériens à peu près stables ». Ce groupe vient de fêter son dixième anniversaire et comme il utilise pleinement les possibilités d'Internet, on trouvera un compte rendu de la fête sur Youtube :