Variations statistiques à propos du cobalt

Minerais et métaux africains exportés à la Chine : Variations statistiques à propos du cobalt
Thierry Pairault

Sollicité par un collègue après avoir publié une série de données intitulée Minerais et métaux , j’ai entrepris de colliger des statistiques relatives au cobalt. En effet, les données disponibles sur le site de la CNUCED sont trop agrégées pour permettre d’isoler celles relatives à cette catégorie de produit. Je me suis tourné vers la base de données en ligne Comtrade également dépendante de l’ONU. Il convient de remarquer immédiatement que l’extraction des données est infiniment plus délicate qu’avec le site de la CNUCED, car contrairement à ce dernier, le premier n’autorise pas le visiteur à formater des tableaux en fonction de ses besoins propres, mais le force à une infinité de chargements minimalistes pour pouvoir récupérer les données en un tableau directement exploitable.

Bref, en ne retenant que la rubrique CTCI 28793 – celle des minerais de cobalt –  je me suis demandé quels étaient les pays qui exportaient des minerais de cobalt à la Chine et ai obtenu une réponse mise en forme dans le tableau suivant :

Tableau 1. –  Exportations de minerais de cobalt à la Chine en 2018

La conclusion, a priori inattendue, est que le premier fournisseur de minerais de cobalt à la Chine a été en 2018 la Belgique avec 43,1% (il y avait déjà plusieurs années que la Belgique semblait jouer un rôle majeur dans l’approvisionnement chinois). La société belge UMICORE s’approvisionne à 75% en cobalt congolais (Congo RDC) pour ses propres opérations de transformation, mais sur son site rien n’indique qu’elle en exporte. Toutefois, elle a créé une filiale en Chine qui pourrait importer ce minerai via la Belgique pour des partenaires tiers. À côté de la Chine qui réceptionne 58,5% des exportations belges de cobalt, nous trouvons,  toujours la même année, le Brésil (31,8%) et le Vietnam (9,5%) et le Japon (0,2%).

Revenons aux autres fournisseurs en cobalt de la Chine. Ni l'Afrique du Sud (deuxième fournisseur de la Chine avec 27,9% des exportations), ni le Nigéria, ni la Zambie où l’Australie n’étonnent, car tous sont à des degrés divers producteurs de minerais de cobalt ; en revanche, la présence du Japon (troisième fournisseur de la Chine avec 16,9% des exportations) et celle du Royaume–Uni ne pourraient s’expliquer que, d’une part, par l’activité de Sumitomo qui affine du minerai et, d’autre part, par celle de Glencore.

Cependant ces raisonnements n’éclairent pas véritablement la situation, car la Belgique importe ses minerais de cobalt… des Pays-Bas, du Luxembourg et de Chine ! Et si les Pays-Bas importent leurs minerais du Japon, le Luxembourg quant à lui l’importe de... Belgique (tableau 2) ! Nous sommes conscients que ces mouvements ne sont pas obligatoirement synchrones et que très vraisemblablement il faille tenir compte d’un décalage dans le temps. Il reste néanmoins que ces statistiques qui nous sont accessibles sont difficilement exploitables pour retracer l’origine des importations chinoises de minerais de cobalt. Il est vraisemblable que les exportations de cobalt affiné ou de ses autres formes industriellement consommables présentent les mêmes difficultés d’interprétation.

Tableau 2. – Les fournisseurs des fournisseurs et ainsi de suite en 2018

Si nous nous demandons maintenant quelles sont les origines des importations chinoises (et non plus des exportations à la Chine) de minerais de cobalt, le site de Comtrade nous donne une autre réponse à partir des déclarations de la Chine qui offre une perspective plus conforme à ce que nous croyons savoir : le Congo-Kinshasa aurait fourni en 2018 à la Chine 99% de ses approvisionnements extérieurs en minerais de cobalt.

Tableau 3. – Les importations chinoises de minerais de cobalt en 2018

Ces statistiques reposent sur les déclarations des pays eux-mêmes : les clients rapportant leurs importations et les fournisseurs leurs exportations. Si le Congo-Kinshasa ou tout autre pays omet (quelles qu'en soient les raisons) de rapporter en partie ou en totalité ses exportations à la Chine, nous devenons tributaires du seul rapport que la Chine fait de ses importations.


Voir aussi :